En rade, saison 2

Publié le par LDT

Ce n'est pas trop professionnel de venir me plaindre, mais sociologiquement parlant l'actualité est un peu molle. Des plaintes, des cris, du pipole, des malheurs et des indignations ne font malheureusement pas bouger une société, et pas plus bouger mes doigts sur le clavier.

Alors comme d'habitude quand la France n'a pas envie de me donner un sujet, je m'en fais un moi-même. Ce soir, la culture. Pas de grande explication sur la propagande ou rien de politique(ou presque), un simple point d'une importance immense en société, surtout pour une société comme la française, la culture. Ca semble mou comme sujet? Moins susceptible de me fournir des raisons de hurler ou d'expliquer des choses un tant soit peu complexe? Et pourtant c'est grâce à la culture, la nôtre pour être précis, que nous avons vécu jusqu'ici. "Nous", la France, les français s'entend.

Une question de débutant pour le début du problème: qu'est-ce que la culture? La connaissance, une fois qu'elle est partagée avec d'autres et transmise, partiellement-toujours partiellement transmettre la totalité d'une connaissance est quasi-impossible, l'humain n'est pas si bien fait-, est de la culture. Tout ce qui a été produit de scientifique, d'artistique, d'idéologique, d'intellectuel ou de simplement commun(comment être poli par exemple...), est culturel. La culture se divise ainsi en plusieurs sections qui peuvent intéresser le simple français comme une personne en besoin d'un certain savoir très pointu. La section d'aujourd'hui est celle qui fait vivre à la fois l'envie, les sentiments, l'instinct et la réflexion des gens, l'ensemble du cerveau en somme, c'est l'artistique.

Sous toutes ses formes: littérature, cinéma, sculpture, architecture, peinture, poésie, danse, radiodiffusion, bande dessinée et musique. Si l'art est à la fois un luxe que la majorité des français n'ont que depuis quelques décennies et une influence sociale qui peut sembler secondaire, il est pourtant malgré ces deux faits d'une importance capitale puisqu'il fait quasiment à lui seul la "culture commune" et les idéologies de demain. C'est par l'art du cinéma, de la musique et de la littérature surtout que l'on influe sur ces deux choses: combien de personnes ont été éduquées par ce qu'elles ont vu au cinéma ou à la télévision, parce qu'elles ont entendu à la radio ou de leurs amis? La littérature quand à elle a fait la quasi-totalité de la culture historique du monde, et tout dans le monde actuel de ce qui est voué à se perpétuer et à se transmettre est écrit. Or notre culture, autrefois assez grandiose pour envahir le monde entier, surtout par sa littérature fameuse, est en dégénérescence sur tous les fronts, cinéma comme littérature comme musique. C'est cela qui fait le faible amour des jeunes français(je ne parle pas des immigrés non assimilés mais seulement des français) pour leur propre nation et ce qu'elle produit: parce qu'elle ne produit quasiment rien. Ce n'est pas faute d'avoir des talents et de quoi créer, nous ne manquons de rien en France pour ce qui s'agit des arts majeurs que je sache. Ce dont nous manquons, c'est de volonté. Même en art la volonté fait tout ou presque tout, et le fait que la volonté des français à créer a failli il y a quarante et quelques années de cela nous a porté un coup fatal. Si le franglais, hideuse production d'une jeunesse déculturée et éduquée dans une France en pleine anglicisation, a pu si bien se propager, c'est parce que c'est outre-Atlantique que l'on regarde dans ce pays pour savoir ce qui fera notre culture prochaine. C'est parce que c'est d'ailleurs que l'on attend de voir sortir des idées et que l'on attend de savoir ce qui a été créé pour le copier, au lieu de créer soi-même. Je dois accorder du crédit aux anglo-saxons, surtout aux américains, ils ont su s'ouvrir aux autres pile quand c'était nécessaire: dans les années 50 et 60, on avait vu des Piaf, Godard, des grands du cinéma Italien ou Allemand, et avant cela même des Anglais partir pour les E-U. On avait vu les nôtres quitter nos rivages pour aller voir ailleurs ce qui s'y faisait. on avait vu tout cela, et pourtant nous n'avons rien fait. Nous avons accepté que le talent parte aux E-U sans rien dire et après nous nous sommes extasiés de ce combien les américains avaient bien su apprendre de nous. Nous avons accepté d'être mis au second rang et d'abandonner notre propre culture pour accepter que la culture américaine, sorte de creuset de ce qu'ils ont pu avoir d'Europe grossi au maximum possible(la folie des grandeurs, la grande passion américaine), puisse envahir et maîtriser notre nation, et nos voisins ont fait de même. L'Europe a offert aux EU de quoi faire mieux qu'elle puis elle a accepté de se laisser diriger par eux.

Aujourd'hui, comment pourrions-nous nous plaindre de voir une sous-culture mal fichue, débilisante parfois et simplement ignorante d'autres fois, être devenue la norme? Comment pouvons-nous nous plaindre d'avoir Luc Besson comme cinéaste probablement le plus connu? Comment nous plaindre de la musique étatsunienne que l'on a partout, des groupes français qui ont abandonné leur langue sous prétexte qu'elle n'est pas faite pour le chant(N'importe quoi, on aura tout entendu. C'est simplement que le français se chante en travaillant chaque syllabe alors que l'anglais se chante en restant constant. L'anglais est plus facile à chanter, le français plus divers et puissant), de la même musique que je passe parfois ici? Comment nous plaindre de l'art en général à la télévision, dans le cinéma, la radio, la rue, la vie, qui est étatsunien?

Le temps de la grandeur des EU est passé. Leur mélange magique de culture européenne et de gigantisme s'est estompé comme il le devait après une génération, celle des années 60-70. Aujourd'hui, ce n'est plus d'Ouest que viennent les grandes idées, mais à nouveau d'Europe qui pourtant refuse de réessayer de produire elle-même et attend comme un bon toutou que les étatsuniens travaillent et trouvent quelques concepts de plus en plus répétitifs. La culture que la France a produite a été passée en partie aux américains, qui l'ont magnifiée le temps de la comprendre, puis se sont écrasés, car aucune nation ne peut continuer à produire une culture qui n'est pas la sienne. La génération des années 80 avait déjà assimilé un mélange de vraie culture étatsunienne et de "superculture" métisse qui devait évidemment échouer. Je pourrais expliquer en long et en large de quoi je parle exactement mais qui a connu les productions étatsuniennes des années 60, des années 80 et de 00 savent que nous sommes loin de la période des Grands Etats-Unis. C'est fini, et il faut foutre un coup de pied au cul à la production nationale. Il faut chanter français, penser français et créer français, en ne copiant rien sur les autres. Toute copie est inférieure à l'original et chaque artiste qui copie est certain non seulement de faire moins bien que son maître mais surtout de ne rien créer de lui-même vraiment et de simplement copier à jamais celui ou ceux qui l'inspirent. La culture est comme ça, indépendante ou morte.

Louis D. Tisserand

Commenter cet article