L'influence, partie 2

Publié le par LDT

Pour qui travaillent-ils? Pour eux-mêmes. Les gens d'influence sont des sortes d'espions et d'entremetteurs qui travaillent le mieux quand tout le monde est dans des problèmes insolubles. Ils ne sont pas au service d'un particulier ou d'une cause, ils servent ceux qui leur donnent du travail, qui ont besoin de leurs services et sont prêts à renvoyer l'ascenseur. Ils ne servent à rien, si ce n'est à faire passer des messages et des noms quand c'est nécessaire. Quand un problème survient et que personne au pouvoir ne sait comment le régler, on fait appel à une de ces personnes.

Mais au fond, ils ne font que professionnaliser l'une des plus vieilles choses au monde, la conversation. C'est simplement de leur seules bouches qu'ils font leur pain, ils n'ont besoin de produire aucune preuve de ce qu'ils avancent, tant qu'on les préfère à d'autres. Et leur travail, c'est de se faire préférer à d'autres. Une sorte de politicien, mais qui travaille pour les hautes sphères sociales.

Chacun en ce monde, rien qu'en parlant avec d'autres, à sa propre influence sur le fonctionnement de ce monde, de cette société. La raison pour laquelle l'influence "classique", celle des électeurs, des hiérarques de partis, des élites, des fonctionnaires et éventuellement même celle des mentors s'est affaiblie au point ou l'on préfère en haut lieu se contenter d'écouter les Minc et autres et d'oublier l'existence du reste, quitte à entrer dans une sorte de bulle intellectuelle et sociale, est multiple, mais elle tient en un mot: concentration des moyens. "Hyperrichesse" devrais-je peut-être l'appeler. Il fut un temps, les années cinquante, ou le Parti Communiste faisait dans les 30% aux premiers tours de présidentielle, ou la télévision était contrebalancée par les journaux divers, et ou l'on n'avait pas de Bienpensant dans les médias pour vous porter le fer de la censure dans le cerveau si vous osiez vous opposer à lui et à l'ensemble des médias dominants. En ce temps, l'influence sur le pouvoir venait de partis organisés et compréhensibles, qui avaient une doctrine claire et définitive, à laquelle on adhérait ou pas. Avec ce genre d'adversaire, le combat est simple, vous, eux, et le gagnant de la "guerre" politique prend le pouvoir. Ce genre de duel aux règles clairement données permet de mettre toutes les influences dans un camp ou dans l'autre, et deux prétendants au pouvoir s'affrontent. Une fois que l'un des deux est mort, toutes les influences qui allaient dans le sens du perdant meurent. Elles perdent de leur force jusqu'à disparaître. Sincèrement, si Georges Marchais vivait encore, vous arriveriez à l'imaginer au pouvoir aujourd'hui? La mort d'un adversaire a fait disparaître le combat pour le pouvoir, et une fois ce pouvoir assuré aux capitalistes, il s'est agi pour eux, entre eux, de faire plier ce pouvoir selon la volonté de chacun. Autrement dit une fois l'adversaire battu, les capitalistes se sont tous lancés dans la course au pouvoir, pas en prenant le pouvoir(étatique), pourquoi faire, c'était plus de responsabilités et moins de pouvoir(oligarchique), mais en influençant assez le pouvoir pour qu'il agisse selon leur bon vouloir.

Chacun dans la France débarrassée des communistes s'est lancée dans cette grande course au pouvoir, mais comme l'avait très bien décrit Marx, dans ce système capitaliste qui est le nôtre, c'est le capitaliste seul qui garde le pouvoir, les autres sont bons pour se faire écraser, tôt ou tard. Si les gens d'influence d'aujourd'hui ne sont pas des intellectuels qui somme toute pourraient aider à réparer les failles de la société française, et s'ils travaillent tous pour le pouvoir de l'état tout en étant tous de la même idéologie économique, le néolibéralisme mondialisé, c'est pour cette raison. Parce qu'au final, quel que soit le talent des intellectuels et quelle que soie la volonté du peuple dont l'influence décroît avec sa pauvreté culturelle ou monétaire, ce sont ceux qui ont le plus d'argent qui ont la plus grande influence. C'est le lot de tout système capitaliste.

Ces gens qui nous dirigent, qui ont nominativement le pouvoir, sont en réalité à la fois parfaitement incapables de gouverner par manque de savoir(l'échec de Mitterrand était bien un manque de connaissance de l'économie)et complètement dépendants des réseaux d'influence qui les ont mis en contact avec ces gens riches qui peuvent financer leurs campagnes, posséder des journaux qui les défendront contre leurs adversaires et les soutenir devant d'autres personnes. Oui parce que l'influence change selon la réputation et les besoins, mais l'argent lui, reste immuablement la propriété de son maître. Entre autres raisons, si la société française pourrit totalement, c'est à cause de cette transformation progressive, d'une société basée sur une aristocratie(influence des élites) et une monarchie forte(pouvoir irrévocable) à une société oligarchique(pouvoir omniprésent mais peu influent) qui emploie les services de gens d'influences, des "faiseurs d'aristocrates" qui établissent un contrôle sur le pouvoir.

Louis D. Tisserand

 

Encore des heures de retard. Bon mais de toute façon je ne suis jamais à l'heure, mais quand je le sors à plus de trois heures du matin, je passe une petite chanson. Tiens, pour une fois que je parle des communistes(attention baissez le son ça décoiffe, des vrais communistes contemporains vivants), voilà de quoi s'en rappeler!

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