Pour avoir du pouvoir en France aujourd'hui, il faut...

Publié le par LDT

Premièrement, être un incapable. Secondement, savoir bien le cacher. C'est tout.

Philippe Val, un grand homme d'humour paraît-il, a récemment pris le contrôle de France Inter. Au grand dam des journalistes de la radio qui ne sont, comme doivent l'être tous les travailleurs français à en entendre le MEDEF, jamais contents, et font déjà rouler les mégaphones de grève(le temps des tambours est malheureusement dépassé). Pourquoi Val est-il au pouvoir à cette radio, alors que les journalistes étaient satisfaits de leur ancienne direction, que la maison gagnait de l'argent, tout Radio France gagnait de l'argent, et qu'il n'y avait aucune raison valable de changer un bon patron? Ahah, mais c'est évident!

Un bon patron à un défaut grave pour son supérieur hiérarchique: il peut se prévaloir du soutien de ses troupes. Un bon patron qui s'occupe d'une de vos firmes ou d'une de vos institutions, c'est gênant. Il peut agir contre vous, se servir du soutien des siens. Et vous ne pouvez pas faire de lui ce que bon vous semble sans son accord puisqu'il peut se défendre! Non vraiment, un bon patron, c'est plus que gênant, c'est même chiant. Il vaut mieux un type obéissant même mauvais qu'un type éventuellement gênant.

Le principe de l'incapable commence comme cela, vous ne savez rien faire, et c'est très bien, quelqu'un vous dira quoi faire, des gens seront là pour vous diriger dans vos responsabilités! Vous n'avez aucun besoin de connaître le travail, juste de supporter le poids de vos responsabilités tandis que d'autres s'occupent de savoir ce que vous devrez faire. Et s'il n'y a pas d'autres pour vous aider, vous pourrez toujours demander à votre hiérarchie ce que vous devez faire! C'est très facile pour vous et plus pratique pour la hiérarchie. Ou comment la décadence sociale s'amplifie en faisant en sorte que des crétins soient aux crochets de supérieurs qui les ont mis là pour ne pas avoir à s'encombrer de l'organisation que les crétins tiennent. Tout le paradoxe ignoré de l'absolutisme. Louis XIV nous a fait ce coup-là il y a si longtemps, et pourtant nous en sommes encore à apprendre comment corriger les erreurs d'un pouvoir trop concentré!

Une chose toutefois n'existait pas au temps de Louis mais existe aujourd'hui, le mensonge. En ce temps-là, les dirigeants en place n'avaient pas à rendre de comptes à leurs subordonnés. Aujourd'hui si, et le Val, comme d'autres, comme ces politiciens incompétents qui fuient leurs responsabilités, comme ces fonctionnaires qui évitent les travaux fastidieux, comme ces travailleurs qui fuient les problèmes qu'ils rencontrent, est bien obligé de mentir pour ne pas se faire éjecter de son siège de président de France Inter. Non pas qu'il risque une révolution journalistique mais une conspiration de tous ses employés contre lui, ça c'est déjà vu. Ils pourraient, s'ils le voulaient, presque travailler comme les Lipp. Il faut bien, pour garder un peu de crédibilité auprès de ses employés, mentir un peu. Ou beaucoup. Ou totalement, ça dépend de ses capacités en tant qu'incapable. Val ment et joue de communication, mais apparemment il le fait très mal, s'il en est déjà à entendre parler de démissions. D'autres mentent et communiquent mieux(il donne l'impression de se foutre ouvertement de nous là ou c'est juste moi?).

Mais le grand jouet du pouvoir, le mensonge "politique" ne s'arrête pas là. Quand vous êtes incompétent aujourd'hui, vous devez mentir, mais alors qui ment? Les politiciens? Oui! Les patrons? Oui! Les citoyens? Nooooooooooooooon!- vous répondront la plupart des gens. Pourtant en 1938 quand Daladier revint de Munich, où étaient les citoyens français? En train de préparer les piques contre celui qui avait cédé aux anglais et assuré la ruine de la France? Non. Ils étaient en train de l'applaudir à la sortie de son avion. Et lui de dire: "Ah les cons, s'ils savaient!". Mais même en le sachant tous, ils auraient applaudi. Tout comme un politicien ou un patron veut fuir ses responsabilités et se défausser sur les autres(dans le cas de FInter ce sont les journalistes et les auditeurs qui vont en pâtir), le peuple aussi fuit. Chacun fuit tant qu'il le peut. C'est le lot de l'humain que de se défausser sur un autre tant qu'il n'y a pas de monarque pour forcer chacun à assumer ses devoirs grâce à son autorité suprême. Mais bon...c'est pas demain la veille, pour que les gens acceptent la monarchie ou au moins un régime autoritaire, ils sont comme tout le monde. Ils fuient quand ça leur fait peur ou que ça leur déplaît, et même un régime qui arrêterait la corruption de chacun et réparerait les maux de la société, ils le fuiraient. Forcément, il forcerait les politiciens à ne plus mentir et à assumer, car aucun régime autoritaire non tyrannique ne peut tenir sans des chefs valables. Mais il forcerait tout autant chaque citoyen, enfants de ceux qui ont fui en 1938(et aussi de beaucoup qui se sont battus entre 40 et 44 mais c'était avant qu'il fallait aller au combat), à tenir leurs responsabilités. Je me demande souvent si la France n'est pas si profondément coincée dans la décadence qu'elle ne puisse plus s'en sortir, que les gens de cette vieille et grande nation ne veulent plus assumer leurs devoirs. Et pour une fois, contrairement à presque tous les sujets de société sur lesquels je tombe, je n'ai pas trouvé la réponse. Le temps nous le dira?...

Louis D. Tisserand

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