Stéphane Guillon, le Terrible

Publié le par LDT

En temps de guerre, un homme qui peut tuer mille ennemis est un héros, en temps de paix, c'est un monstre.

 

Autrement dit, selon votre situation et vos besoins, tout est relatif. Ce principe vaut aussi en société, il vaut aussi pour la politique et même, avec quelques règles de plus, pour l'économie.

 

Dans la classe politico-journalistique d'aujourd'hui, la plus terrible opposition que peut rencontrer le gouvernement, au risque de décevoir certains, n'est pas vraiment le NPA, ou non plus le Front de Gauche. Encore moins le PS qui dort sur la même couche idéologique que l'UMP, la Bienpensance.

Le FN étant déjà désigné comme l'ennemi de tous, il s'agit, pour donner l'impression au public qu'il existe un semblant de débat politique dans ce pays, de se trouver des bruiteurs, des buzzers en franglais, des gens qui feront du bruit médiatique pour remplacer le silence funeste de la classe politico-médiatique bien calée dans son séraphique mutisme.

 

Stéphane Guillon est un humoriste sans grand talent. Non pas parce qu'il ne sait pas faire des plaisanteries ou des jeux de mots, mais parce que l'humour, avant tout, c'est une réaction qu l'on a quand on est face à l'échec. Quand le cerveau est soumis à l'échec, il a trois solutions: la tristesse, du petit coup de barre jusqu'à fondre en larmes, l'énervement, du petit échauffement à Léonidas http://www.youtube.com/watch?v=-qR0Uke2XNI, ou bien, ce qui est en quelque sorte la soupape de pression du cerveau, il peut prendre les choses à l'humour.

On s'est étonné, en leur temps, des talents de Coluche dans la tragédie et du mélange d'énervement et de comédie de Louis de Funès. Mais les trois sont faits pour être ensemble dans le cerveau, rire, pleurs et colère.

Guillon, de toute évidence, à voir la façon dont il pratique son humour, n'est pas vraiment un humoriste, une personne qui a décidé de rire de tout pour évacuer ses colères ou tristesses. Il a de l'humour, un peu, mais c'est de bas étage, c'est petit, ce sont des blagues qu'on entend à la machine à café... servies avec du pathos et de l'exagération pour sembler décalées.

Ce qui fait la célébrité de Guillon n'est pas son humour. Ce sont ses coups.

 

C'est parce qu'il parle avec autant d'insistance sur le physique et la politique d'Eric Besson, de manière injurieuse ou judiciaire, qu'on (et moi aussi!) parle de lui. Ce n'est pourtant pas pour re-commenter le risible duel Guillon-Besson que je fais ce texte mais pour revoir cette relation médiatique et la tirer au clair. L'humour de Guillon me laisse personnellement parfaitement indifférent, et c'est probablement le cas de beaucoup, car il n'est pas connu par celui-ci. Ce qui l'a érigé en régulier des médias, en célébrité faisant parler de lui tous les jours ce sont ses attaques, assez inacceptables par ailleurs, sur Besson.

Les réponses du ministre face à l'injure ne semblent qu'humaines, étant donné la bassesse des coups qui lui sont infligés, mais elles sont aussi et surtout profitables pour les deux.

 

Guillon n'est pas un véritable humoriste, juste un admirateur qui copie ses maîtres, et ce n'est pas un opposant du pouvoir ou quelqu'un de grand talent. Mais il choque et les réponses de Besson servent à la fois Guillon, en lui gardant sa place au chaud à la radio grâce au bruit répercuté par les médias dès qu'il est violent malgré son manque de talent, et Besson, en lui octroyant un adversaire qui fera parler les médias plutôt que de le voir débattre, lui ou sa formation politique, avec un hypothétique adversaire qu'il serait bien dur de trouver.

 

Guillon, dans le désert mortifère du discours politique actuel, fait  figure d'opposant de rechange, de sujet de débat valable. Plutôt que le bouclier fiscal, l'Europe ou l'économie, Guillon le Terrible contre Besson le Puissant font la politique française ces temps-ci, jusqu'à ce que les journalistes, demain ou après-demain, trouvent autre chose...

 

Il y a peu de temps, Eric Zemmour avait déclaré en réponse à une accusation de racisme envers la police que si les policiers arrêtaient en priorité les noirs et les arabes c'était "parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes".

Ce qui est un fait.

Mais quand ce fait a été lancé dans l'univers médiatique, Zemmour s'est fait descendre sans retenue par tous les journalistes ou presque et toutes les associations antiracistes qui poussent et tirent les journalistes dans le sens qui les intéresse.

Ou, dans un éventuel autre article, "Comment emporter toute la classe médiatique contre un fait, et faire taire la classe politique par la même occasion". Voilà ce qui arrive aux opposants à la Bienpensance, terreau dont les plus gros fruits sont L'UMP et le PS, mais aussi le NPA, les Verts et d'autres qui se convertiront pour éviter la persécution médiatique.

Et Guillon le petit trublion devient le Terrible quand la médiacratie toute entière décide d'interdire tout débat.

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qualjaejm 06/05/2010 12:31


"Guillon, de toute évidence, à voir la façon dont il pratique son humour, n'est pas vraiment un humoriste"

C'est qui un vrai humoriste ici ? Pasqua , R.Bachelot ?
Non Zemmour ! mdr


Cinquiemevitesse 15/04/2010 23:21


Allé Champagne!
Et de deux!

Bonne continuation


Cinquiemevitesse 15/04/2010 19:37


Bonjour,

Comme promis je suis venir lire votre papier!
J'adore quand vous dites
"Le FN étant déjà désigné comme l'ennemi de tous, il s'agit, pour donner l'impression au public qu'il existe un semblant de débat politique dans ce pays, de se trouver des bruiteurs, des buzzers en
franglais, des gens qui feront du bruit médiatique pour remplacer le silence funeste de la classe politico-médiatique bien calée dans son séraphique mutisme."
C'est tellement vrai.

En ce qui concerne Guillon, je le connais pas vraiment, mais je suis d'accord quand vous dites que ce n'est pas un opposant au pouvoir!
En tout cas article très sympathique, je reviendrais.
Cinquiemmevitesse
Passez par chez moi!
http://www.cinquiemevitesse.unblog.fr


LDT 15/04/2010 22:56



Merci merci. Je ferai un tour chez vous. Vous êtes mon premier, ça se fête. Je vais aller me manger un truc.