Un journaliste, ça fait quoi?

Publié le par LDT

C'est vrai que j'en ai souvent beaucoup mis sur les détenteurs du tampon Bien qui décident grosso modo quels politiciens sont bons à écouter et quels sont mauvais et doivent être ostracisés(Jean-Marie dehors!).

Mais je n'ai pas précisé comment exactement pensent ces journalistes qui décident de soutenir indirectement un politicien, et je vais me servir de cet exemple pour l'illustrer: Nicolas Dupont-Aignan, bon idéologue quoique trop gentil(il a le coeur trop tendre, pour être franc) s'est plaint de ne plus être invité par le chauve baron du Grand Journal, duc de RTL(concurrencé par le nouvel aristocrate le comte Zemmour), Jean-Michel Apathie.

Ce n'est pas un amour pour la dictature intellectuelle qui fait claquer à Dupont-Aignan la porte du studio d'Apathie. Ce n'est pas non plus une haine personnelle ou un ordre venu d'en haut(de la direction de RTL ou de l'Elysée). Ce n'est même pas aucune pression politique, rien de tout cela, rien ne force J-M Apathie l'agité à rejeter N D-Aignan, celui qui ne se cuisine qu'à feu doux.

C'est, comme tout ce qui fait tenir une société à un degré ou à un autre, une idéologie en place qui dicte a la classe journalistique ce qu'elle doit faire et ce qu'elle ne doit pas faire. L'idéologie de base des journalistes de télé-radio-six grands(l'Express, le Nouvel Obs, le Point, le Figaro, le Minc, pardon le Monde, et Libération), c'est bien sûr la Bienpensance. Eventuellement, pour les journalistes, la Bienpensance indique un certain comportement à avoir, qui est parfois contraire à l'éthique informationnelle la plus basique, et c'est pourquoi ce comportement n'est pas toujours ostensiblement affiché. Aucun journaliste même bienpensant ne va hurler sa haine d'untel ou d'untel puisque ce serait ouvertement avouer qu'on défend une idéologie et pas une information impartiale, cela se fait de manière relativement subtile, premièrement par l'analyse de la personne à inviter. Si elle s'oppose à la Bienpensance, on doit(à part les exceptions comme les gens du gouvernement)lui poser des questions agressives, lui demander pourquoi elle a telle ou telle position contraire à la Bienpensance, essayer de la faire parler dessus à tout prix, même si elle tente d'éluder la question(alors qu'un bienpensant n'aurait qu'à répéter le message officiel pour qu'on le laisse passer, même si c'est après l'avoir relancé), la pousser à tout dire, et dès qu'elle dira le mot qui fâche les bienpensants, on peut parler de dérapage® et accuser d'avoir fauté le non-Bienpensant. C'est la première défense de la Bienpensance que les journalistes assurent, un Bienpensant peut aller dans les médias, déclarer ce qu'il veut déclarer puis repartir sans être trop inquiété, étant donné que son idéologie est la bonne on le laisse dire, tandis qu'un non-Bienpensant ne peut s'en sortir qu'en esquivant toutes les questions agressives ou en répondant et en dérapant. L'un est traité avec des questions auxquelles il répondra bien et l'autre pas.

La seconde défense, c'est plus pernicieux, c'est le devoir d'audience. En plus de traiter avec méfiance les non-Bienpensants, il faut éviter ceux qui parlent lentement, ceux qui expliquent longuement des choses alors que chaque seconde à l'antenne est comptée, ceux qui sont désagréables, ceux qui ne veulent pas parler du débat en place dans l'actualité(qui est décidée par les moyens évoqués ), ceux qui sortent totalement du débat dans les conditions prévues, et qui par exemple iront parler de mauvaise politique de la BCE plutôt que de la seule dette grecque, et d'autres aux tares diverses et variées. Le monde des médias n'est pas un monde d'informations de qualité, c'est un monde d'informations en vitesse, et les journalistes de radio-télé ont le devoir absolu de finir leur émission en tant de temps en ayant parlé de tant de choses, devoir qui les fait chercher à éviter le plus possible toute personne qui dérangerait leur agenda(rappelez-vous Vincent Peillon qui avait séché Arlette Chabot, les médias, tous sans exception, s'étaient outrés de voir un politicien déranger leurs planifications). C'est bête, mais l'une des raisons importantes pour laquelle la presse n'amène que des cons qui parlent vite pour ne rien dire est ce besoin absolu de vitesse.

La troisième défense, c'est le devoir de garder le débat "utile", donc entre des gens qui ont leurs chances de faire agir le pouvoir politique, c'est tout aussi idiot, mais les radios et télés ne peuvent inviter tous ceux qui estiment avoir une voix à faire entendre, et se contentent de faire venir ceux qui sont haut placés ou qui ont bonne réputation chez eux(et avoir bonne réputation implique d'être Bienpensant bien sûr). NDA est tombé à la fois par le premier devoir et par celui-là: il n'est pas Bienpensant, et n'a pas de chance immédiate d'accéder au pouvoir. C'est pour cela que J-M A, Meneur Bienpensant car éditorialiste, n'a pas à inviter NDA même avec tout ce que celui-ci aurait à apporter au débat public, ses idées ne sont pas homologuées et il est loin de la présidence ou même d'un maroquin ministériel.

La presse télé-radio, mais aussi la presse écrite, avec des méthodes un peu différentes puisque celle-ci dans les six grands filtre totalement les non-bienpensants, est ainsi un presse qui a trois devoirs principaux: la propreté idéologique, la rapidité de communication de "l'information" et l'utilité "pour le public" du débat politique. Quelques journalistes, à Marianne par exemple, Philippe Cohen, Elisabeth Lévy, qui en ont fait un livre, et sans doute d'autres, regardent leur profession et voient qu'il faut une profonde réflexion sur ce qu'est le travail d'un journaliste aujourd'hui. Mais un Bon journaliste, qui travaille pour le Bien, ne pense pas. Il Bienpense, comme chacun le sait.

Louis D. Tisserand

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