L'influence, partie 1

Publié le par LDT

Je suis en rade. Mais là vraiment en rade, je n'ai rien. Peut-être suis-je trop tatillon pour accepter les quelques sujets que l'actualité me donne, entre le dernier scandale en route, la pas-si-totale innocence de Clotilde Reiss, l'islamisation, les pitreries des communicants de l'UMPS qui rivalisent de répétition pour nous faire encore avaler des vessies pour des lanternes. Mais honnêtement à moins de me répéter encore et encore, il n'y a rien à dire d'utile sur ce cirque politicien où les clowns ont les commandes et les fauves ont été expulsés par la Bienpensance.

Puisque je ne trouve pas mon bonheur dans mon habituelle mare de sujets à traiter, et qu'une page d'économie me semble bien inutile vu que d'autres font très bien le travail à ma place, je vais prendre quelques jours pour exposer un certain sujet somme toute très peu expliqué, tant il est à la fois changeant et difficile à décrire en détail, car il touche à ce qu'il y a de plus complexe et fluctuant en sociologie, le sens du "préférable" en psychologie(les deux sciences se lient obligatoirement pour ce sujet). Souvent ces deux sciences se lient mais il est rare qu'elles le fassent autant qu'avec ce sujet-là. Ce qui en psychologie est la conscience(et ses effets) devient en sociologie la morale. En psychologie, il y a la connaissance, en sociologie, la culture.

Et il y a une "traduction" de ce qui est en psychologie le sens du valable et du préférable, du bon et du mieux, en sociologie, c'est l'influence.

Tout ce qui n'est pouvoir(qui en psychologie est le devoir) en société mais a un effet sur ladite société est de l'influence. On craint beaucoup le pouvoir en ce monde, on le reconnaît, on le montre du doigt, on l'exprime en public, voire même on le décrit ouvertement. On considère le pouvoir comme ce qui devrait faire avancer ce monde...à juste titre. C'est ce qui devrait faire avancer ce monde. Mais ce n'est pas du tout le cas. Le monde ne se déplace plus par les rouages insensibles du pouvoir ou par le commandement impitoyable d'une voix autoritaire. Il ne change plus par les pouvoirs, mais par les influences qui poussent et tirent ces pouvoirs. La mollesse des pouvoirs officiels au profit d'influences anonymes prouvent d'ailleurs l'affaiblissement des régimes et des autorités en place, situation qui appelle à la corruption et à la pourriture du régime.

L'influence en soi, c'est tout et rien. C'est l'avis de votre nièce de trois ans sur la couleur de votre veste ou c'est le conseil d'un Napoléon Bonaparte sur une stratégie militaire à suivre en attaquant l'Autriche. C'est le mot d'une personne que vous connaissez, c'est la rumeur publique, c'est une déclaration du président de la République, peu importe, toutes ces choses ont une influence sur les gens, qui varie selon ce que les gens veulent bien croire, ce dont ils ont besoin, et selon les personnes qui exercent leur influence. Ces trois choses forment le potentiel d'influence sur une personne, qui est calculé en ajoutant la "crédibilité" que les influencés accordent aux influents au "besoin" des influencés. Crédibilité accordée et besoin font l'influence que l'on peut avoir sur une personne. Dans notre société française, qui est devenue franco-américaine par influence, l'état, qui est un pouvoir, est tenu par des politiciens influencés par des conseillers plus ou moins occultes. Ces gens d'influence sont ceux qui ont obtenu assez de crédit de la part de nos dirigeants pour qu'ils puissent leur dire quelle politique suivre et quels sont leur intérêts, leurs vrais besoins. Il suffit de préférer écouter un Alain Minc, un Séguéla ou un Attali plutôt qu'un Jacques Sapir ou un Abbé Pierre(bon pour lui c'est un peu tard).

Comment ces gens se sont-ils constitués ainsi gens d'influence, capables de souffler des politiques et des objectifs alors qu'ils sont loin d'avoir eu aucun succès réel dans leur domaines? Contrairement à ce qu'on pourrait croire, ce n'est pas par choix des puissants, en tout cas pas choix volontaire. Si nous sommes tombés dans un régime faible qui dépend de conseillers et de gens d'influence plutôt que d'un pouvoir fort et libre de ses mouvements, c'est parce que les gens qui tenaient ce pouvoir ne savaient plus ou aller avec. Le pouvoir ne doit jamais perdre sa direction et ses objectifs, ou alors il perd sa raison d'être. Un pouvoir sans cible n'a plus de raison de tirer ses hommes et cesse d'exister, ou s'il perd un de ses objectifs existe moins fortement, vit moins fort, s'affaiblit. Du temps de Mitterrand et de l'échec de sa politique économique, il fallut choisir une nouvelle route à suivre une fois celle de l'économie socialiste définitivement impraticable. Le socialisme rejeté, Mitterrand se tourna vers le libéralisme, et accepta l'influence des premiers conseillers qui allaient dicter "la bonne politique" à suivre à l'état. Le changement idéologique l'avait affaibli politiquement, et il dut demander conseil à ceux qui travaillaient pour ses adversaires, c'est cela qui a fait le début de l'affaiblissement du pouvoir: le fait que sa tête a volontairement renié la base de son pouvoir, son crédit auprès de ses électeurs. L'influence de Mitterrand qui l'avait mené au pouvoir avait baissé, et il dut accepter l'influence de ses adversaires pour maintenir son pouvoir. C'est cela la dévaluation d'un pouvoir, qu'il devienne de plus en plus le jouet d'influences diverses et contradictoires qui l'empêchent d'agir.

Minc et les autres de la compagnie des "intellectuels" néolibéraux ont progressivement eu de plus en plus d'influence grâce à la faiblesse des autres camps et à leur rôle d'entremetteurs des gens de pouvoir. C'est une autre façon d'avoir de l'influence, on n'a pas besoin de pouvoir réel, inscrit dans le marbre avec titres et loi, on a seulement besoin de faire savoir aux intéressés que s'ils désirent entrer en contact avec telle ou telle personne de pouvoir, un homme d'influence est prêt à les écouter. Tout l'art du jeu d'influence est là, savoir se faire écouter et faire savoir que l'on peut être écouté. Une fois qu'on a les deux, selon bien sûr le pouvoir des gens qui vous écoutent, de plus en plus de gens viendront à vous et vous serviront en espérant avoir un retour. Tout cela, c'est le déclin du pouvoir qui impose le devoir aux gens, et c'est le renforcement des influences qui n'imposent rien, mais cherchent à prendre tout et finiront par y arriver.

Louis D. Tisserand

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